Photo ZMIROU-NAVIER Denis Professeur à la Faculté de Médecine de l’Université de Lorraine
Directeur du Département Santé-Environnement-Travail et Génie Sanitaire de l’EHESP
Directeur adjoint de l’Unité INSERM 1085-IRSET (Institut de Recherche en Santé, Environnement et Travail)
1. Pourriez-vous résumer votre formation ainsi que votre parcours professionnel ?

Études de Médecine (doctorat en 1978) et Doctorat ès Sciences (1989) de l’Université Joseph Fourier de Grenoble; DEA d’économie de la santé de l’Université Jean Moulin de Lyon (1984); Master of Public Health de l’Ecole de Santé Publique de l’Université de Harvard (1985).

Activités professionnelles actuelles: Directeur du département Santé-Environnement-Travail et Génie Sanitaire de l’EHESP (Rennes) et Professeur à la Faculté de Médecine de l’Université de Lorraine (Nancy). Directeur adjoint de l’Unité Inserm 1085-IRSET (Institut de Recherche en Santé, Environnement et Travail.

2. Qu’est-ce qui vous a incité à vous orienter vers les domaines de la santé publique et de l’environnement ?

Je suis tombé dans le chaudron de la santé publique très tôt, alors que je n’en connaissais pas encore le mot. Ayant hésité jusqu’au jour de l’inscription entre l’entrée en prépa scientifique et la médecine, je voulais aussi donner à mon futur métier une dimension “sociale”, passionné déjà par l’économie et la science politique. Vous mélangez tout ça, et ça donne la santé publique que j’ai commencé à étudier de manière autodidacte dans des livres québécois puis par correspondance (le CESAM et autres certificats de maîtrise), avec un accent marqué sur l’épidémiologie et la statistique. Cette orientation a été consolidée par les deux années du service national passé en Côte d’Ivoire au titre de la coopération, à l’Institut national de la santé publique d’Abidjan.

La découverte de l’environnement, en tant que champ de recherche épidémiologique est survenue quelque temps après lorsque, fraîchement diplômé, et ayant contribué à créer à Grenoble un centre de recherche régional en épidémiologie (le CAREPS), le Préfet de l’Isère demande au CAREPS d’investiguer le cas d’un incinérateur très polluant dont se plaignait les riverains. Je rentre donc dans l’environnement par l’air et les déchets.

3. Êtes-vous à l’initiative de la création du master de santé publique et risques environnementaux ? Pourriez-vous nous en dire un peu plus ? Quelles ont été les idées fondatrices de ce projet ?

Ce master est pour une part issu, après bien des avatars, d’un DEA créé en 1995 par l’Université de Grenoble où j’exerçais alors, en collaboration avec les Universités de Paris 5 et de Savoie. Cette collaboration s’est muée en une spécialité de Master recherche associant les Universités de Nancy et de Paris 5, qui a donné naissance à ce Master à double parcours lors de sa fusion en 2010 avec le Master professionnel que Paris 5 et Paris 11 avaient mis en place, avec le partenariat de l’ENSP devenue EHESP en 2008.

Dès le début de cette histoire, la ligne directrice était que la gestion éclairée des risques liés à l’environnement devait s’appuyer sur une recherche de qualité. Le Master, dans son parcours recherche, avait pour mission de former à et par la recherche de jeunes scientifiques qui irrigueront les équipes de recherche publiques ou privées dédiée à cet immense domaine. Dans son parcours professionnel, il s’agissait d’habiter les futurs professionnels d’un esprit critique qui les conduise sans cesse à interroger leur pratique pour l’appuyer sur l’état le plus récent des connaissances et des techniques.

4. Quel profil d’étudiant privilégiez-vous pour intégrer ce master ?

Les candidats sont nombreux. Les étudiants retenus pour ce master relèvent principalement mais pas exclusivement des sciences de la vie et de la santé. Il est nécessaire que les candidats aient aussi des compétences de base dans les sciences de l’environnement et de la santé publique, notamment en épidémiologie. Ayant aussi dans son offre relevant de ce domaine des formations intéressant plus les étudiants issus des sciences de l’ingénieur (mastère spécialisé Ingénierie et Management des Risques pour la Santé, l’Environnement et le Travail), l’EHESP veille à assurer une orientation des candidats vers les formations jugées les plus adaptées, en fonction de leur cursus antérieur et de leur choix de carrière professionnelle.

5. Qu’attendez-vous de l’étudiant en master ? En parcours professionnel ? En parcours recherche ?

Travail (beaucoup), esprit critique (toujours), méthode, capacité à synthétiser, souci de la santé publique (c’est-à-dire du plus grand nombre et singulièrement des plus vulnérables).

6. Avez-vous des nouvelles d’anciens diplômés du master ?

Oui, beaucoup. Sur le temps long (les formations qui ont donné naissance à ce Master), plusieurs exercent en bureaux d’étude, dans les services du ministère de la santé, dans les ARS. Récemment, certains ont passé (et réussi) le concours d’IES ou d’IGS du ministère de la santé. On en trouve aussi dans des établissements et agences de sécurité sanitaire.

7. Avez-vous eu l’occasion de travailler avec certains d’entre eux ?

J’ai eu le plaisir de travailler avec d’anciens doctorants, dans le cadre de collaborations scientifiques ou en prestation (pour des bureaux d’étude). Les relations sont restées fortes.

8. Quels conseils donneriez-vous aux futurs professionnels de santé publique et de l’environnement ?

Ténacité. La Santé Publique est plus qu’un métier. C’est une mission. Les gratifications ne prennent pas la forme de revenus élevés mais celle d’utilité pour la société dans son ensemble sociale et pour singulièrement ceux qui sont le plus en besoin, dans le contexte national ou international. L’œuvre est difficile. Soyez conscients que le prestige des disciplines scientifiques est inversement proportionnel à la taille de son objet : les sciences des protéines ou des structures cellulaires ont produit plusieurs prix Nobel; les sciences de la santé des populations génèrent peu de considération de la part des pairs et du grand public. Ne le regrettez pas. Les protéines ne sourient pas …