Isabelle Momas  

Professeur à l’Université Paris Descartes

Directrice du laboratoire de Santé Publique et Environnement (EA 4064)

 

 

1. Pourriez-vous résumer votre formation ainsi que votre parcours professionnel ?

Parallèlement à mes études de pharmacie, j’ai validé une maîtrise de Biologie Humaine en Biomathématiques, Informatique et Statistique à l’Université Bordeaux 2. C’est ensuite à l’Université Montpellier 1 que j’ai effectué mon troisième cycle en Santé Publique. Mon initiation à la recherche s’est alors faite dans le domaine des Sciences de l’Environnement en obtenant le Diplôme d’études approfondies (DEA) en Toxicologie, métrologie des polluants dans l’alimentation et l’environnement. Puis j’ai approfondi ma formation en santé publique par trois certificats (Méthodologie en médecine et santé publique, Méthodologie en recherche clinique et Études Pharmaceutiques Spécialisées (CEPS) de Santé publique) et intégré l’équipe des Professeurs François Grémy et Jean-Pierre Daurès, à la Faculté de Médecine sous la direction desquels j’ai préparé ma thèse de Doctorat de l’Université Montpellier I en Epidémiologie.

Je rejoins ensuite en septembre 1990 le Professeur Bernard Festy, à la Faculté de Pharmacie de l’Université Paris Descartes pour y occuper un poste de maître de conférences en Hygiène et Épidémiologie, premier poste ouvert dans cette discipline en Faculté de Pharmacie, en France. J’y passe l’Habilitation à Diriger des Recherches et en 1996, j’obtiens l’Agrégation de l’enseignement supérieur, dans la spécialité “ Hygiène, Hydrologie, Environnement ”. Nommée Professeur des Universités à l’issue de ce concours, je succède au Professeur Festy et j’assure, depuis cette date, les fonctions de chef du service « Santé Publique et Environnement » et depuis 2008, de directrice du Département « Santé Publique et Biostatistiques ».

2. Qu’est-ce qui vous a incité à vous orienter vers les domaines de la santé publique et de l’environnement ?

Les enseignements de maîtrise en Biomathématiques et Statistique suivis parallèlement à mon cursus pharmaceutique et, dans ce cursus, les enseignements de chimie et de toxicologie ont été déterminants pour mon orientation vers l’Épidémiologie, et plus spécifiquement, l’Épidémiologie environnementale. La formation pluridisciplinaire du pharmacien est particulièrement adaptée à l’exploration du champ Santé – Environnement. Dès mon arrivée à Paris, j’ai orienté mes travaux vers l’étude des relations entre l’environnement et la santé ; ainsi, je participe activement à la création en 1991, par l’Observatoire Régional de la Santé d’Ile-de-France, du premier système français de surveillance épidémiologique de la pollution atmosphérique (ERPURS).

Dès lors, c’est dans ce domaine que j’ai eu à cœur de développer des enseignements et de constituer une équipe de recherche pluridisciplinaire dont l’activité s’inscrit désormais en épidémiologie environnementale, l’EA 4064 étudiant l’impact sanitaire des pollutions sur des populations a priori sensibles et son préalable incontournable, l’évaluation des expositions des individus aux polluants.

3. Êtes-vous à l’initiative de la création du master de santé publique et risques environnementaux ? Pourriez-vous nous en dire un peu plus ? Quelles ont été les idées fondatrices de ce projet ?

Le master 2 « Santé Publique et Risques Environnementaux », à finalité recherche et professionnelle, s’appuie sur le partenariat entre équipes de recherche diversifiées et reconnues, habituées de longue date à travailler ensemble, tant sur le plan pédagogique que de la recherche, certaines ayant mené des programmes de recherche en commun.

Cette spécialité résulte de la fusion, en 2010, de deux formations préexistantes :

– l’une, orientée vers la recherche, le DEA « Évaluation et gestion des risques environnementaux et professionnels », cohabilité par les universités de Nancy, du Grand Est et Paris Descartes,

– l’autre, plus professionnalisante, le master « Évaluation et gestion des risques liés à l’environnement » cohabilité par les Universités Paris Descartes, Paris Sud et l’École nationale de Santé Publique (qui a précédé l’actuelle École des hautes études en santé publique – EHESP).

En 2010, il est apparu à l’équipe pédagogique absolument nécessaire de regrouper ces deux approches complémentaires d’exploration du champ santé-environnement. Cette restructuration a d’ailleurs été considérée très judicieuse par l’Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (AERES) qui, en 2010, a attribué au master 2 « Santé publique et risques environnementaux » la note A+ en soulignant sa forte attractivité et son excellence.

4. Quel profil d’étudiant privilégiez-vous pour intégrer ce master ?

L’un des atouts de ce master est la diversité d’origine scientifique de son public qui apporte une incontestable richesse dans les échanges, tant pour les étudiants que pour l’équipe enseignante. C’est pourquoi, lors du recrutement, nous veillons à maintenir un équilibre entre les étudiants issus des filières « santé », pharmaciens, médecins, vétérinaires et les autres scientifiques issus des filières chimiques, biologiques ou d’ingénierie.

5. Qu’attendez-vous de l’étudiant en master ? En parcours professionnel ? En parcours recherche ?

Cette spécialité de master explore le champ de l’évaluation des risques sanitaires liés à l’environnement (parcours professionnel) ainsi que le champ de la recherche sur les relations entre l’environnement physique et la santé (parcours recherche), des champs qui, par essence, sont pluridisciplinaires.

L’étudiant doit :

• dans le parcours professionnel :

– savoir identifier les données pertinentes pour analyser une situation et dérouler de manière adaptée, la démarche intégrative d’évaluation des risques sanitaires,

– être capable d’interpréter des résultats et de participer aux processus de prise de décision ;

• dans le parcours recherche :

– savoir mettre en œuvre les méthodes de la toxicologie, ou de la microbiologie ou de l’épidémiologie pour les appliquer dans le cadre d’un travail de recherche relatif à des problématiques de l’environnement,

– donc être capable de développer des méthodes et des outils innovants adaptés à l’évaluation des risques environnementaux.

6. Avez-vous des nouvelles d’anciens diplômés du master ?

Je suis en contact avec plusieurs anciens du master, d’abord ceux du parcours recherche qui ont plus spécialement effectué leur stage, voire leur thèse de doctorat au sein de mon équipe. Il m’arrive aussi assez souvent de revoir des anciens diplômés du master dans le cadre de leurs activités professionnelles, au sein d’instances comme les ministères en charge de la santé ou de l’environnement, à la DGS ou à la DGPR notamment, ou dans les services déconcentrés, ARS en particulier ou à l’ANSES ou à l’InVS. D’autres œuvrent dans les collectivités territoriales, les organismes environnementaux [Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB), Institut National de l’Environnement Industriel et des Risques (INERIS), Institut National de Recherche et de Sécurité (INRS), agences de l’eau, réseaux de surveillance de la qualité de l’air, …], dans les industries, par exemple de la chimie, de l’énergie et les groupes environnement ainsi que dans des bureaux d’étude. Les débouchés sont extrêmement variés et c’est une grande satisfaction pour l’équipe pédagogique de savoir qu’elle a contribué, par cette dissémination, à renforcer la petite communauté française des acteurs du champ santé-environnement. Signalons enfin que plusieurs anciens accueillent comme stagiaires leurs successeurs, instaurant un compagnonnage que nous apprécions tout particulièrement.

7. Avez-vous eu l’occasion de travailler avec certains d’entre eux ?

Tous les doctorants qui ont effectué leur thèse sous ma direction sont issus de ce master ou de son « prédécesseur ». J’ai beaucoup apprécié ma collaboration avec chacun d’entre eux, fructueuse coopération qui, tout au long de ces 3 ou 4 années de recherche, a toujours été très enrichissante et efficace. Par ailleurs, il m’arrive parfois de collaborer avec des anciens diplômés du master dans le cadre d’activités d’expertises pour les ministères ou les agences. Tous font preuve d’un très grand professionnalisme et ont acquis une grande maturité, ce dont je me félicite.

8. Quels conseils donneriez-vous aux futurs professionnels de santé publique et de l’environnement ?

– abordez toute problématique environnementale de façon objective et scientifique, sans céder à la pression sociale qui, dans ce champ, peut être forte ;

– appuyez vous sur une analyse bibliographique approfondie et rigoureuse ;

– sachez analyser et expliquer les incertitudes liés à vos résultats et les limites des approches que vous utilisez ;

– ne négligez jamais l’étape d’explicitation de vos résultats aux décideurs, ni de vulgarisation vis-à-vis de vos concitoyens ; exprimez vous avec clarté et concision ;

– agissez en toute indépendance et avec professionnalisme…