Yves LeviProfesseur de santé publique – environnement à la Faculté de Pharmacie de l’Université Paris Sud. UMR 8079 Ecologie Systématique Evolution Université Paris Sud-CNRS-AgroParisTech.
Membre de l’Académie des Technologies,
Membre de l’Académie Nationale de Pharmacie,
Membre correspondant de l’Académie Nationale de Médecine.

1. Pourriez-vous résumer votre formation ainsi que votre parcours professionnel ?

J’ai suivi une formation de Pharmacien à la Faculté de Pharmacie de Chatenay-Malabry (Univ. Paris Sud) jusqu’en 1981 et obtenu un DEA de Pharmacochimie en 1982. Ce DEA a été mené pendant que j’effectuais mon service national au centre de transfusion sanguine des armées. Mon projet de doctorat ayant été annulé faute de financement, j’ai commencé à travailler en CDD dans une PME pharmaceutique comme responsable du laboratoire de contrôle et de la qualité. Une opportunité à la Compagnie Générale des Eaux (futur Veolia) en 1983 m’est proposée, au sein du centre de recherche qui vient de se créer et je suis embauché comme directeur adjoint du laboratoire central d’analyse et développe des méthodes analytiques et des programmes de recherche dans le domaine des eaux potables et de leur traitement pendant 7 ans. Je suis ensuite nommé directeur du département de recherche en traitement des eaux pour les grandes usines de l’Ile de France et rejoint le siège du groupe pendant deux ans.

Après cette période, je rejoins le grand groupe concurrent, la Lyonnaise des eaux (future Suez Environnement), où je crée, au sein du centre de recherche, le département de recherche sur la gestion de la qualité des eaux potables pendant leur distribution en réseau (corrosion, biofilms, goûts et odeurs, sécurité…).

Je soutiens mon doctorat et le Doyen de la faculté de Pharmacie me propose d’assurer quelques enseignements. Je soutiens mon Habilitation à Diriger des Recherches (HDR) et me présente à l’Agrégation de Pharmacie qui me permet d’intégrer l’Université et de créer le Laboratoire de Santé Publique Environnement à Paris Sud en octobre 1997, qui remplace les anciens laboratoires d’Hydrologie et d’Hygiène. Par la suite, je vais également créer et diriger pendant cinq ans le Département de Valorisation et de Relation avec les Entreprises de l’Université (brevets…).

Je suis membre de l’Académie des Technologies, membre de l’Académie Nationale de pharmacie et membre correspondant de l’Académie de Médecine. Je préside le comité d’experts spécialisés Eaux de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’environnement, de l’alimentation et du travail (Anses) et j’ai été président de la section des eaux du Conseil supérieur d’hygiène publique de France (CSHPF, maintenu disparu).

2. Qu’est-ce qui vous a incité à vous orienter vers les domaines de la santé publique et de l’environnement ?

Le hasard de cette proposition d’emploi au laboratoire central de la Compagnie Générale des Eaux (Veolia) m’a conduit vers l’eau potable et la protection de la santé des consommateurs. J’ai rapidement trouvé ce domaine passionnant et, alors que j’aime créer, il m’a été proposé de structurer plusieurs centres de recherche et laboratoires (j‘ai même été un peu architecte, sans disposer cette qualification). Dans le secteur industriel, il m’a aussi été donné les moyens de travailler correctement.

De plus, l’eau est un sujet qui touche à tout (l’alimentation, la vie, la santé, la culture, l’énergie…) et son importance est fondamentale dans la société. J’ai eu l’occasion de réaliser des programmes de recherche et des études dans de nombreux pays confirmant que l’eau est un sujet qui nécessite une vision planétaire.

Il faut se rendre compte que les langages utilisés dans le privé et dans le public sont différents et que c’est en faisant en sorte que chacun fasse l’effort de comprendre comment l’autre fonctionne que les partenariats sont productifs.

3. Êtes-vous à l’initiative de la création du master de santé publique et risques environnementaux ? Pourriez-vous nous en dire un peu plus ? Quelles ont été les idées fondatrices de ce projet ?

4 ans après mon arrivée à l’Université, je propose de créer un DESS dans le champ Risques Santé Environnement. En discutant avec le professeur Isabelle Momas, de l’Université Paris Descartes, nous convenons de l’intérêt de créer ensemble ce DESS. L’École de Santé Publique de Rennes (l’ENSP à l’époque) va de suite s’associer à ce DESS.

Puis vient la réforme LMD et la transformation du DESS en master, avec un dossier à actualiser tous les 4 ans. L’ENSP, devenue EHESP, peut alors être alors co-habilitée au même niveau que les universités.

A la même période, le master « recherche » de Nancy, Grenoble et Rennes cherche un renouveau et fusionne avec notre master. Voilà comment naît le Master mixte de Santé Publique et Risques Environnementaux des Universités Paris Sud, Paris Descartes, Lorraine et de l’EHESP. Au début, les étudiants qui postulaient venaient de pharmacie, médecine humaine et vétérinaire et certains étaient biologistes. Les promotions étaient de 18-20 personnes, car nous faisons attention au marché de l’emploi.

4. Quel profil d’étudiant privilégiez-vous pour intégrer ce master ?

Nous ne privilégions pas d’étudiants par rapport à d’autres, mais tout est lié aux pré-requis en microbiologie, environnement, santé publique, épidémiologie, toxicologie et leur qualité à s’exprimer devant le comité pédagogique. S’ils disposent de ces bagages dans leur M1 et qu’ils ont fait des stages dans ces domaines, il n’y a pas de problème sachant toutefois que nous recevons presque 180-200 demandes pour 30 places. Ce sont en majorité des pharmaciens, des biologistes, quelques médecins et ingénieurs.

5. Qu’attendez-vous de l’étudiant en master ? En parcours professionnel ? En parcours recherche ?

Qu’ils soient les meilleurs du domaine, qu’ils s’illustrent par leurs compétences, leur maturité et leur professionnalisme.

Pour les étudiants du parcours recherche, il est nécessaire qu’ils sachent ce qu’est le monde de la recherche, qu’elle peut être publique ou privée avec des avantages et inconvénients dans chaque part et que dans le privé, il n’y a pas que de la recherche appliquée. Un chercheur, c’est un cerveau. Il doit aussi avoir la vocation, un esprit de recherche. Il doit savoir qu’il s’engagera dans des congrès internationaux, qu’il devra publier… S’il a des doutes là-dessus, le master permettra à l’étudiant de confirmer ou d’infirmer son choix pour la recherche, et les professeurs aideront aussi les étudiants à cela.

Les étudiants du parcours professionnel doivent avoir à l’esprit qu’ils seront des « cadres » dès l’entrée en master. En effet, ils seront amenés à donner des ordres et à faire réaliser le travail et le coordonner. Ils doivent avoir le sens des responsabilités et la maturité nécessaire.

6. Avez-vous des nouvelles d’anciens diplômés du master ?

Oui, ceux membres d’ASPERISK et d’autres parfois et c’est toujours pour nous un immense plaisir d’avoir des nouvelles de l’avenir de nos anciens étudiants.

7. Avez-vous eu l’occasion de travailler avec certains d’entre eux ?

Oui parfois et c’est très intéressant.

Il serait bien que les diplômés avec de l’expérience viennent ensuite nous aider et enseigner auprès des nouvelles promotions et cela se fait parfois.

8. Quels conseils donneriez-vous aux futurs professionnels de santé publique et de l’environnement ?

Il faut se créer très vite un réseau, car c’est essentiel.

Plus particulièrement pour les parcours « professionnel », il faut savoir prendre du recul sur son travail pour prévoir son avenir.

Pour tous, il faut avoir conscience que la vie privée a une importance considérable et le garder en tête tout au long de sa carrière.

Pour finir, comme dans notre domaine de l’évaluation des risques sanitaires, il peut être demandé de trancher entre des positions extrêmes et résister aux forces de pression, sachez rester fidèle à des principes d’éthique et d’objectivité scientifique.